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Publié : 17 avril 2016

George par Victoire Duquesne

Des élèves de l’atelier presse ont participé au concours d’écriture "Portrait de femme(s)". Parmi eux, Victoire Duquesne, élève de Terminale S, a remporté le premier prix dans la catégorie des plus de 17 ans. Voici son texte :

Et si je vous parlais un peu de George ?
George, c’est un prénom commun c’est sûr, mais ne doutez pas du fait que la personne qui le porte est exceptionnelle. Tout autant que vous, je me demande en quoi ce George peut être aussi singulier, affublé d’un ensemble au goût discutable, un haut chapeau vissé sur le crâne et une démarche rigide,il n’émane de cet être rien qui ne puisse réellement attiser la curiosité.
Peu de prestance et un regard distrait, comme se perdant dans les petites stries dessinées par les pavés, esquissant un de ces sourires secrets qui se perd sur un coin de la joue. Quiconque l’observerait serait probablement partagé entre l’idée de trouver ce personnage insignifiant ou l’envie de l’ignorer. Pourtant, aussi surprenant que cela puisse l’être, son nom résonne dans tout Paris, tant en bien qu’en mal et même moi, il aurait fallu que je sois sourde pour ne pas l’entendre.
Après tout, ce pauvre George ne peut pas plaire à tout le monde !
Le plus étonnant à propos de cette personne c’est qu’elle écrit remarquablement bien. C’est peut être bien l’une des seules choses qui la prive d’être comme les autres, mais pas seulement. D’apparence timide, avec un certain goût pour la provocation ce drôle de personnage se plaît à déguiser de sulfureux billets en poèmes délicats dans la plus grande des discrétions.
Les audacieux l’aimeront, les autres détesteront.
Sorte d’avocat s’intéressant aux personnes rejetées par la société, cet étrange individu n’hésite pas à briser les règles en écrivant sur les ouvriers, les pauvres ou même les femmes les défendant jusqu’à devoir se heurter à la censure. Après tout, qui de mieux placé pour parler des différences sociales que l’enfant d’un aristocrate et d’une femme du peuple ?
Ses intérêts sont nombreux : politique, théâtre, romans, peinture, photographie,musique et bien d’autres encore, George s’intéresse à tout.
C’est tout naturel me direz vous, c’est là l’apanage d’un homme savant et cultivé comme l’on en rencontre au XIXe siècle.
Mais ne vous méprenez pas, c’est loin d’être chose usuelle, et pour cause, George est elle même une femme.
Déroutant dites vous ? En effet.
Cela vous surprend ? Allons donc ! C’est exactement le but de George ou plutôt d’Amantine, après tout je crois vous avoir averti de son goût pour la provocation.
Si Amantine est très célèbre, seuls ses amis proches connaissent sa véritable nature, celle d’une femme dont la plume combat l’injustice et le sexisme sous un pseudonyme masculin. Bien que tout cela semble à la fois utopiste et manichéen à souhait, croyez-moi, elle fait bel et bien partie de ces femmes pour lesquelles le courage et le talent sont des armes redoutables contre une société conservatrice.
Plus qu’une révolutionnaire, George est une véritable avant-gardiste du féminisme et n’hésite pas à clamer ses idées haut et fort, à parler de divorce ou même d’égalité des sexes en amour à une époque où la femme se doit seulement d’être une bonne mère dont la seule occupation sont les bals et les étoffes.
Doutez vous encore du fait que cette femme mal fagotée soit exceptionnelle ?
Ainsi, vous ne jugerez plus par les apparences.
Défions donc quiconque de dire que le prénom George est banal, de soutenir ses idées comme elle a pu le faire, d’être authentique face à une société qui n’accepte pas nos différences.
Défions quiconque d’affirmer qu’aucune femme n’a marqué l’Histoire.

Plus d’informations sur le site de l’Eveil de Pont-Audemer