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Publié : 17 avril 2016

Tartuffe seul en scène

Lucia Putzulu et Léa Chatel, élèves de Terminale, relatent leurs impressions sur le Tartuffe joué à L’éclat le 3 décembre 2015.

Tartuffe d’après Tartuffe d’après Tartuffe d’après Molière, le titre nous prévient d’emblée qu’il ne s’agit pas de la version classique de la pièce, mais plutôt d’une version revisitée quant à la mise en scène et à l’interprétation.

D’autre part, le texte original a subi quelques coupures. Guillaume Bailliart, membre du Groupe Fantômas, interprète seul tous les personnages. La scène est presque vide : une table au centre et les noms des personnages scotchés au sol. Le comédien se déplace en fonction des changements de rôles et désigne avec ses mains à qui il s’adresse, voire qui parle dans les conversations de groupe. Il joue les yeux fermés, réglant ainsi le problème de l’adresse au destinataire. Cependant, c’est les yeux grand ouverts qu’il interprète un Tartuffe mielleux et manipulateur, ce qui lui confère une force et une place à part. Les jeux de regards et l’épuration de la mise en scène imposent une grande précision spatiale et gestuelle. En effet, les déplacements et orientations doivent être parfaitement maîtrisés car ils sont faits les yeux fermés. Le fait que l’artiste soit seul sur scène avec un unique costume donne une grande importance aux postures et mimiques car elles caractérisent les personnages. Les contraintes de la mise en scène apportent ainsi une nouvelle dimension à la pièce qui devient chorégraphie.

Guillaume Bailliart donne un souffle de fraîcheur au Tartuffe, le juste équilibre entre la précision du jeu et la sobriété de la mise en scène laisse libre cours aux projections de l’imaginaire du spectateur, et tout fonctionne, la magie opère. Le spectacle est hilarant, les changements de rôles et enchaînements de répliques mettent en avant toutes les subtilités du texte et la beauté de la langue. L’alexandrin est dépoussiéré, proféré avec légèreté par des personnages qui acquièrent une profondeur inédite. C’est une véritable performance au rythme effréné, Guillaume Bailliart n’est plus seul sur scène, tous les personnages se matérialisent devant nos yeux. L’intensité va crescendo pour arriver à une véritable transe. On assiste au réveil d’un Tartuffe dansant, transcendant, triomphant.

Du début à la fin, sur scène ou hors-scène, Tartuffe a le majeur. Le choix de couper l’acte cinq durant lequel l’exempt arrête l’imposteur au nom du roi (acte rajouté par Molière pour éviter la censure après deux interdictions de la pièce) est donc parfaitement cohérent avec le jeu, la mise en scène et la suprématie du faux dévot. Pas de fin morale pour ce spectacle. Tartuffe est debout sur la table, bras ouverts, démasqué mais triomphant. Le rideau tombe, nous sommes tous tartuffiés.